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Des arts majeurs, mineurs ? Ou des Arts et des artistes

Il y a 15 ans, en 1994 j’ai ouvert mon premier atelier de tatouage, sans me poser la question : « suis-je une artiste ou non » ?...
Le besoin de tatouer était le meilleur compromis entre mon plaisir de créer et l’intérêt de dessiner pour une personne que l’on rencontre et dont on écoute et devine les envies avouées ou cachées...

I- L’OBSCURANTISME DE L’ADMINISTRATION FISCALE...

Au bout d’un an d’existence, je me suis installée et déclarée en tant que profession libérale avec un code APE correspondant à mon activité artistique. J’ai donc été surprise par les propos de mon comptable lorsqu’il m’a annoncé que j’étais assujettie à une TVA à 19,6% et non à 5,5%. J’ai essayé d’en savoir plus en demandant conseil à un avocat qui m’a indiqué ne pas être compétent en la matière. J’ai également envoyé des courriers aux impôts qui sont restés lettres mortes. Persistant à revendiquer ma qualité d’artiste, les contrôles fiscaux se sont succédés, sans que l’administration fiscale ne m’expose clairement sa position.

Et là les ennuis vont commencer :
Des visites régulières d’huissiers,
Une obligation de me marginaliser,
Des menaces de contraintes par corps,
Et surtout l’impossibilité de se savoir à l’abri d’une nouvelle menace pour l’activité que j’avais choisie.

A ce stade, la rencontre avec Maître OBADIA, avocat fiscaliste inscrit au barreau de l’Essonne, a été déterminante puisqu’il m’a aidée à tenir à distance l’administration en lui opposant des arguments forts et contemporains, en adéquation avec la modernité de notre activité. En effet, lorsque l’acharnement administratif gangrène à tous vos projets, il est plus difficile de travailler sur l’approfondissement d’une technique et d’une poésie ; mélange nécessaire à l’amélioration du fragile alphabet de la création que nous pouvons laisser sur la peau ….

Du banal désaccord administratif, je glissais vers l’incompréhension et la menace constante de l’administration qui s’est toujours refusée à me donner une réponse cohérente. Soit 15 ans de doute et de précarité quant aux projets de vie, et une seule constante m’a permis de résister : mon travail…

L’impérieuse nécessité permanente de travailler pour améliorer ma technique de tatouage et mes recherches graphiques….

II- ... FACE A LA RECHERCHE, LA CREATIVITE ET LA RICHESSE DE L’OUVRAGE DE L’ARTISTE

Les deux définitions de la peinture, par la ligne et la couleur, par le trait et la tâche, ne se recouvrent pas exactement, car l’une est visuelle, mais l’autre est manuelle. Pour qualifier le rapport de l’œil et de la main, et les valeurs par lesquelles ce rapport passe, il ne suffit certes pas de dire que l’œil juge, et que les mains opèrent. Le rapport de la main et de l’œil est infiniment plus riche, et passe par des tensions dynamiques, des renversements logiques, des échanges et des vicariances organiques. En parallèle à cette remarque de Gilles Deleuze, -toute proportion gardée-, permettant d’approcher les éléments qui m’ont permis de tenir pendant ces années où l’administration me précarisait, et quand bien même à cette heure rien n’est gagné, je dirais que la machine et la peau peuvent exprimer une subordination de la main en général, mais jamais un tatoueur ne s’est contenté d’un outil...

Et le parallèle entre le peintre et le tatoueur pourrait se poursuivre très loin entre l’œil « moderne » et la violence et l’insubordination manuelle ; Si ce n’est que la peau, et surtout le corps contraignent encore plus la relation entre la main et l’œil et que, comme dans toute activité artistique, la virtuosité risque d’estomper la justesse et la fragilité de toute proposition...

Je dois donc à ces 15 ans de combat, d’angoisses et d’interrogation sur le travail de « l’artiste », cette volonté persistante et l’exigence d’un questionnement sur la nature de mon travail et de mon art.

S’il n’est pas fait droit à ma demande, je continuerai de travailler et d’affiner mon art du tatouage au grand dam de ses détracteurs. Tatoueusement votre

Ce texte s’appuie sur une base juridique et fiscale, mais pose, en perspective, une question sur la partie cachée de l’iceberg où chaque position de l’état se marque d’une nécessité à exclure en créant des catégories et des « castes »….

Si ce combat vous intéresse, ou si simplement une curiosité nait à la lecture de ce texte, je reste à votre entière disposition pour toute information supplémentaire..